Archives Mensuelles: février 2012

Mayweather vs Pacquiao

 

 

 

 

 

 

 

Tous les 8 mois environ, la rumeur revient, les deux plus grands boxeurs de notre temps vont enfin s’affronter. Les chiffres tombent – un gâteau de 50 millions de dollars à se partager entre eux-, les fausses conversations téléphoniques annonçant le match abondent sur Youtube faisant fantasmer des millions de fans, mais le combat est sans cesse reporté: 5 mai, 9 juin, novembre 2012… What the fuck ? Ou comme dirait DSK, « what is it about » ?

Si vous n’aimez pas la boxe, cet article est aussi – un peu – pour vous, car ce sont deux icônes de la culture populaire mondialisée, un peu comme Adele et Sean Paul.

Du point de vue divertissement, c’est le match idéal pour une raison simple: Mayweather est un génie de la défense et Pacquiao, un génie de l’attaque. Le premier est invaincu en 42 combats, le second champion dans 8 catégories différentes. Mayweather, ultra-précis, travaille en contre, ne lance jamais plus d’un coup à la fois, le second, hyperactif, travaille en combinaisons de 3, 4 voire 5 coups sans jamais relâcher la pression.

Niveau personnalité, c’est aussi la nuit et le jour. Floyd “Money” Mayweather Jr est un enfant du ghetto américain: mère sous crack, père boxeur et dealer de coke (sa carrière pro s’arrête quand son beau-frère lui tire dans les genoux au fusil à pompe alors qu’il tient le jeune Floyd dans les bras – pour se protéger disent les mauvaises langues). Il évolue dans le Show Biz de Las Vegas, c’est un beau gosse obsédé par l’argent – il a changé son pseudo originel “Pretty Boy” pour “Money”-.

Mais c’est avant tout une hallucinante tête de con. Arrogant, frimeur, provocateur adepte du “trash talk” même avec le légendaire commentateur Larry Merchant.

Choqué Larry !

Il tape aussi sa femme et va faire bientôt 90 jours de prison ferme, ce qui n’arrange pas nos affaires.

Quant à Manny “Pac-Man” Pacquiao, rien que dans le pseudo, on comprend que ce n’est pas la même – il s’agirait en fait d’une référence à son chien et pas au jeu video…-. Le mec vient du trou du cul des Philippines, où il vendait des crêpes dans la rue pour 2 dollars par mois. Il a truandé sa carte d’identité pour pouvoir se battre avant d’être majeur, d’où le total de 59 combats pro à 33 ans – on connaît le favori des deux pour la maladie de Parkinson.

À force de victoires féroces, notamment les deux triptyques sanglants contre Morales et Marquez, il est devenu le héros du peuple philippin et est élu au congrès depuis 2010. On le dit assez proche de la junte d’extrême droite militaire, mais bon, dans un pays où un boxeur vote les lois, il n’y a pas de raison de s’inquiéter outre mesure.

The Fighting Congressman

Et la technique, dans tout ça ?!! 


Pourquoi Floyd et Manni sont “géniaux” et pas “très forts” comme les autres athlètes des catégories Walter & Super Walter ( 63-69 kg) où s’affrontent les plus grands talents des années 2000 ( De la Hoya, Cotto, Mosley, Marquez, Judah, Margarito, Hatton, Ortiz, Berto etc.)

Et bien, parce que ce sont des créateurs, rien que ça.

Mayweather a grandi à Grand Rapids, dans une rue caillera d’où est issue une série de boxeurs utilisant une technique de défense spéciale qu’il a poussée à la perfection : le “shoulder roll”- roulement d’épaule pour les nuls en anglais. Le concept: un bras avant très bas avec l’épaule très haute de sorte à protéger le menton, avec un gant arrière collé sur la joue droite. La coiffe de l’épaule sert de leurre en oscillant de droite à gauche. Toujours à bonne distance Floyd Mayweather fait glisser les coups en tournant son buste de gauche et de droite au même rythme que son adversaire, même coincé contre les cordes. Cette technique le rend quasi inatteignable à la tête. Nombre de boxeurs se sont épuisés sans jamais l’atteindre et les happy few se comptent sur les doigts d’une main. On se souvient de “Sugar” Shane Mosley qui lui rentre à la 2e reprise un direct du droit dans la bouche, et plus fortuitement de Zab « Super » Judah qui l’attrape avec un crochet du droit en contre. A chaque fois, on a cru Floyd au bord du KO mais il s’est accroché et les autres ont recommencé à manquer, inexorablement, en cherchant à le toucher en haut.

À vrai dire, on ne connaît pas exactement la “qualité de son menton”, c’est-à-dire sa capacité à encaisser des coups propres. C’est ce qui rend cette rencontre si passionnante parce que Manny, les crochets du gauche en pleine poire, c’est sa marque de fabrique !

Many Pacquiao est un puncheur très puissant et surtout très rapide. Vraiment très rapide. Des bras bien sûr, mais aussi des jambes qui lui permettent d’effectuer des déplacements véloces et donnent une férocité effrayante à ses attaques. On citera l’humiliation d’Oscar de La Hoya qui ne voyait jamais le petit oiseau sortir.

Mais le génie de Pacquiao se trouve dans les angles qu’il trouve grâce à une forte capacité à se désaxer latéralement. Le principe est cruel, l’adversaire ne voit pas venir le coup fatal de la combinaison qui est masqué par l’angle de frappe. C’est l’héritage de son entraineur Freddy Roach, finement surnommé “cockroach”- cafard, par le clan Mayweather, et qui, pour le coup, a vraiment chopé Parkinson ( HBO Boxing lui consacre un feuilleton passionnant en ce moment.) 
De plus, Many a cette lucidité et cette acuité rares qui lui permettent de donner un coup tout en en esquivant un autre. L’exemple le plus somptueux est le KO humiliant du sympathique Ricky Hatton à la fin de la 2e reprise…

Voilà quelques une des raisons qui font de cette rencontre le match le plus attendu de la décennie, notamment parce que ces deux boxeurs ont besoin d’un final splendide ( leur Ali – Foreman ) pour être couronnés et passer seuls à la postérité.

Le petit plus Pacquiao

Il donne des concerts cheesy après les combats. Il chante comme une bille mais qui aura les couilles de lui dire? Hein ? Qui ?

Manny au top.

Le petit plus Mayweather

Son amitié avec 50 cents qui accompagne en live ses entrées sur le ring.

Le maître mot: maturité

Quoi ? Vous voulez connaître mon pronostic ? OK. 
Mayweather, le cul par terre dans la 4e et la 5e (KD), survit et l’emporte aux points à la fin de la 12e reprise.


NB: l’auteur se réserve le droit de modifier à loisir ce pronostic avant le match et peut-être même après.